Un projet ambitieux sur le papier
Depuis 2022, l’agglomération du Grand Sénonais s’est engagée dans la mise en place d’un Projet Alimentaire Territorial, plus connu sous l’acronyme PAT. Cet outil doit permettre de transformer en profondeur les pratiques alimentaires locales, en rapprochant producteurs et consommateurs et en augmentant la part de produits locaux, durables et biologiques dans la restauration collective. Le PAT s’inscrit dans le cadre des lois EGalim et Climat et Résilience. Il porte une ambition largement partagée. Améliorer la qualité des repas servis dans les cantines scolaires, les établissements de santé, les structures sociales et l’ensemble des lieux de restauration collective.Des contraintes fortes sur le terrain
Si les objectifs font consensus, leur mise en œuvre se heurte à de nombreuses difficultés. Les producteurs biologiques du territoire doivent composer avec des contraintes économiques importantes et une forte dépendance aux conditions climatiques. Les aléas de production, liés aux saisons et aux récoltes parfois imprévisibles, compliquent l’approvisionnement régulier des cuisines collectives. De leur côté, les structures de restauration font face à des problématiques d’organisation et de coûts. Adapter les menus, sécuriser les volumes, maîtriser les budgets et répondre aux exigences réglementaires représente un véritable défi. Résultat, les seuils imposés par la loi EGalim restent largement hors d’atteinte. Celle ci prévoit pourtant 50 pour cent de produits durables, dont au moins 20 pour cent issus de l’agriculture biologique.Des chiffres encore très éloignés des objectifs
Les données disponibles illustrent clairement ce retard. Le secteur médical et social apparaît comme le plus en difficulté, alors même qu’il est au cœur des enjeux de santé publique. En 2024, l’hôpital de Sens ne proposait que 2 pour cent de produits biologiques et 11 pour cent de produits durables dans ses repas. À l’inverse, les crèches du territoire affichent des résultats plus encourageants. Elles atteignent en moyenne 14 pour cent de produits bio et durables dans l’alimentation des jeunes enfants, un niveau toutefois encore inférieur aux exigences nationales. Dans les écoles publiques, la progression reste lente. Les établissements Mallarmé et Montpezat, qui partagent une cantine commune, parviennent à intégrer 7 pour cent de produits biologiques et 16 pour cent de produits durables. Des chiffres qui témoignent d’efforts réels, mais encore insuffisants. Le constat est encore plus sévère dans l’enseignement privé. Au collège Saint Étienne, les produits bio représentent seulement 1 pour cent des achats alimentaires, tandis que les produits durables plafonnent à 5 pour cent.Une volonté politique à confirmer par les actes
Trois ans après le lancement du Projet Alimentaire Territorial, le Grand Sénonais affiche une orientation politique claire en faveur d’une alimentation plus responsable. Toutefois, la traduction concrète de cette ambition reste incomplète. Entre exigences réglementaires, contraintes économiques et réalités agricoles, l’alimentation durable demeure un chantier en construction. Le PAT pose les bases d’une transformation à long terme. Pour atteindre les objectifs de la loi EGalim, il devra désormais s’accompagner de moyens renforcés, d’un soutien accru aux producteurs locaux et d’une adaptation progressive des pratiques de restauration collective.